Haut-Katanga : comment le charbon de bois assèche les champs et fait grimper les prix des denrées alimentaires
Dans huit villages du territoire de Kipushi, dans la province du Haut-Katanga, les arbres disparaissent progressivement. Ils sont coupés pour alimenter la production de charbon de bois, principale source d'énergie utilisée pour la cuisson par plus de 90 % des ménages congolais, en raison du faible accès à l'électricité.

Jean-Robert Djema
Journaliste environnement
Source : Terrain

Si cette activité constitue une source de revenus pour de nombreuses familles rurales, elle entraîne également une dégradation accélérée des écosystèmes. Les effets se font déjà sentir sur les terres agricoles, où les rendements diminuent d'année en année, avec des répercussions directes sur les prix des denrées alimentaires dans les marchés de Lubumbashi, Likasi et d'autres centres urbains.
Des terres de moins en moins productives
À Kanguya, Kassongo, agriculteur d'une trentaine d'années, observe les changements qui affectent son village depuis plusieurs années. Selon lui, la disparition progressive des arbres a profondément modifié les conditions de production agricole.
« Avant, nous récoltions suffisamment pour nourrir nos familles et vendre au marché. Mais aujourd'hui, la pluie ne tombe plus comme avant. Les champs ne donnent plus rien. Nous abattons des arbres pour faire du charbon de bois, mais c'est nous qui en subissons les conséquences », confie-t-il.
Le même constat est dressé à Mamba par Muana Kalobwe, qui explique que plusieurs cultures vivrières deviennent de plus en plus difficiles à produire.
« Les champs ne donnent plus rien. Même les haricots se font rares, alors qu'avant, nous les cultivions nous-mêmes », témoigne-t-il.
Pour de nombreux producteurs, les saisons agricoles sont devenues plus imprévisibles. Les pluies arrivent tardivement, sont moins régulières ou s'interrompent pendant de longues périodes, fragilisant davantage les récoltes.
La déforestation fragilise l'agriculture
Les observations des agriculteurs rejoignent les conclusions de plusieurs études scientifiques. Le Centre de recherche forestière internationale et le Centre international de recherche en agroforesterie (CIFOR-ICRAF) établissent un lien entre la production de charbon de bois, la dégradation des forêts et les perturbations du cycle de l'eau.





